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L'INTERVENTIONNISME AMERICAIN


Dès la défaite franco-britannique de juin 1940, il apparaît comme incontestable que la politique menée par le président des Etats Unis, Franklin Delano Roosevelt, est interventionniste. Le président américain et son entourage doivent toutefois s'opposer à une profonde indifférence du peuple américain face aux évènements d'outre atlantique. Farouchement opposé à une intervention américaine dans une guerre dont il ne sent pas concerné, le peuple américain s'estime d'autant plus en sécurité que les Etats Unis bénéficient des faveurs du führer qui souhaite les ménager par crainte d'une entrée en guerre.

Le premier acte qui trahit la neutralité américaine est la révision du Neutrality Act après une session de pourparlers avec les Britanniques en juillet 1939 alors que la guerre n'est pas encore commencée. Le Congrès ajoute un amendement à cette loi en novembre 1939. Ce changement permet au président de livrer avec grande parcimonie une aide aux franco-britannique en autorisant la vente de matériel militaire contre un paiement direct d'où le nom de plan : Cash and carry. Tandis que la drôle de guerre s'installe en Europe, les Français modernisent leur armée en achetant par exemple des chasseurs Curtiss Hawker P40 aux Américains. Les Britanniques abusèrent de ce système et s'y endettèrent en moins d'un an avec près de 4 milliards de dollars investis, dont l'argent de particuliers qui possédaient des actions aux Etats Unis. L'impossibilité de payer vont pousser Américains et Britanniques à chercher une solution pour sortir de l'impasse.

Au mois de septembre, les Etats Unis instaurent le service militaire obligatoire qui remplace le système de conscription en vigueur dans le pays. Cette mesure est annoncée comme préventive et témoigne du retard de l'armée américaine fin 1940. En effet, l'armée américaine est alors la 16ème armée du monde derrière l'armée belge par exemple.

Réélu pour quatre années supplémentaires courant novembre, le président américain développa alors toute son énergie pour donner une nouvelle base légale visant à se rapprocher des Britanniques en leur fournissant notamment toujours plus de matériels. La tendance isolationniste pose un problème de légitimité à la démocratie américaine et c'est pourquoi le gouvernement entame une succession de conférences largement médiatisées. La diffusion d'affiches de propagande permet également d'influer sur l'opinion américaine et les industriels emboîtent en adaptant leur publicité à l'exemple de White.

Publicité de la firme White : août puis septembre 1940


En janvier 1941, le Président proposa un texte à l'aspect humanitaire au Congrès le 6 janvier 1941 qui définissait les quatre libertés essentielles à savoir la liberté d'expression, la liberté de culte, liberté par l'absence de peur et par l'absence de besoin. Sans toutefois le citer explicitement, le texte vise essentiellement le régime nazi qui ne respecte aucune de ces quatre libertés. La visée de ce texte, approuvé par le Congrès qui ne pouvait le refuser sous une telle forme, donne une légitimité aux Américains pour aider l'armée britannique.

La nouvelle base légale, à laquelle l'opinion fut largement préparée, portait le nom de lend and lease que l'on connaît en français comme la loi prêt bail. La loi est approuvée, assez largement, par le Congrès le 8 février 1941 puis par le Sénat un mois plus tard. La signature de ce partenariat poussé se fit le 11 mars en présence de Roosevelt et du premier ministre britannique Winston Churchill au large de Terre Neuve sur le cuirassé britannique Prince of Wales. Cette loi s'organisait à partir de la session d'armemements , de vivres ou de ressources sous forme : d'une location, d'une vente, d'un transfert ou le plus souvent d'un prêt sans garanti. L'industrie de l'armement américaine reçut alors de nouveaux les commandes britanniques et chinoises, l'économie américaine put redémarrer et tirer définitivement le pays de la crise économique. L'application de cette loi, largement encadrée sur le papier, était placée sous le contrôle de Harry S. Hopkins. Membre éminent du Brain Trust, cet américain est l'un des plus proche conseiller du président et favorise largement l'application de la loi prêt bail. Fasciné par Jospeh Staline, il intervint également pour l'élargissement de l'aide auprès de l'Union Soviétique après le déclenchement de l'opération Barbarossa le 22 juin 1941.

La première action effectuée dans le cadre du lend and lease se fit toutefois discrètement avant l'approbation du traité par les institutions américaines. L'armée livra en effet une cinquantaine de vieux destroyers et une vingtaine de vedettes lance-torpilles aux Britanniques pour leur permettre d'escorter leurs convois en Atlantique.

A son terme en août 1945, la loi prêt bail totalise un montant de 50 milliards de dollars en prêts diverses : des tonnes de denrées alimentaires, 17 millions de fusils, 87 000 chars, 300 000 avions et 2,5 millions de véhicules à roues.

Le 9 avril 1941, l'armée américaine déploie une brigade de l'USMC et occupe ainsi le Groenland grâce à l'aval du gouvernement danois en exil. Cet acquis territorial géostratégique donne un relai à la marine américaine pour un déploiement éventuel en Atlantique Nord. Deux mois plus tard, c'est au tour de l'Islande d'être occupé par les Américains sous le prétexte de l'accroissement de leur zone de sécurité. Cette nouvelle "conquête" permet aux américains de se rapprocher de l'Angleterre et de contrôler un peu plus l'Atlantique Nord.

La coopération se renforce un peu plus encore au mois de juin avec la signature de la déclaration interallié qui stipule que les signataires devaient "oeuvrer en commun avec les autres peuples libres, en temps de guerre comme en temps de paix". La signature de cette déclaration scellant les bases de l'Organisation des Nations Unies donne de la légitimité à la politique américaine. L'opinion publique qui commence à se familiariser avec le temps à l'idée d'une coopération anglo-américaine ne peut pas s'opposer sur les termes d'un tel texte à visée humanitaire. On devine toutefois facilement le côté implicite de cette déclaration qui amène les USA à combattre pour la liberté de ces peuples.

Le mois d'août 1941 est porteur de deux grands évènements qui vont largement influer sur le cours de la guerre. Après son retour de l'URSS en guerre à laquelle il a étendu la loi prêt-bail, Harry Hopkins s'embarque sur le Prince of Wales à Scapa Flow le 4 août 1941. Navigant rapidement pour éviter les U-boot de Dönitz, le cuirassé anglais compte d'autres personnalités à son bord tel Winston Churchill, Sir John Dill et Sir Dudley Pounds. Ils rejoignirent, après plusieurs jours de mer, le croiseur Augusta où se tient le président Roosevelt en baie de Placentia à Terre Neuve. La rencontre entre les deux dirigeants survient le samedi 9 août. Après la grande messe du dimanche matin, la conférence de l'Atlantique s'ouvre officiellement. Les discussions portent d'abord sur des questions générales d'économie puis de problèmes politiques comme l'hypothétique repli de Salazar aux Açores, la nouvelle session de navires aux britanniques ou encore l'invasion de l'Indochine française par les Japonais (paragraphe suivant). La Charte de l'Atlantique énonce les principes de la politique commune anglo-américaine : consulter le texte. On y retrouve le principe du Germany First qui donne la garanti aux anglo-saxons qu'en cas d'intervention américaine, ces derniers axeraient leur stratégie à la lutte contre le nazisme. Les Britanniques remportent ici une belle victoire diplomatique qu'ils avaient ratés en décembre dernier lors du voyage de l'infatigable Harry Hopkins. Cette charte, publiée le 14 août, mentionne clairement la possibilité d'une intervention américaine dans le conflit. Là encore, personne n'ose s'élever contre cette charte dont le texte comporte des visées humanitaires et la liberté des peuples... De la Charte de l'Atlantique découle une quasi-alliance américano-britannique.

Roosevelt et Churchill sur le pont du Prince of Wales


Peu avant l'ouverture de cette conférence, le Japon envahit l'Indochine Française après avoir adressé un ultimatum à Vichy. Engagé dans leur politique de sphère de coprospérité, les troupes japonaises combattent déjà en Chine depuis 1937. Cette dernière est soutenue par les Américains dans le cadre de la loi prêt-bail et militairement avec quelques P40 pilotés par des volontaires américains. A titre de représailles contre cette invasion , les Américains soutenus par d'autres pays comme la Hollande gèlent les avoirs japonais et crée un embargo sur le pétrole, ressource dont les Japonais sont dépendants à 90% de l'exportation. L'embargo, géré par le diplomate américain Cordell Hull, se montre efficace et sans faille. Les japonais estiment que si l'embargo n'est pas levé, le Japon sera en péril dès la mi-1942.

Au Japon, l'idée de la conquête des Indes Néerlandaises, riches en pétrole, fit son chemin. Parallèlement, elle exposait les japonais à de nouvelles sanctions et les contraignait à sécuriser les voies d'approvisionnement, entre les Indes Néerlandaises et le Japon, qui se trouvaient à la portée de bases américaines et britanniques. Le gouvernement américain était parfaitement conscient de l'impact de l'embargo et des conséquences qu'il pouvait entraîner d'autant plus que le code diplomatique japonais, le code pourpre, avait été percé. Les Américains savaient donc que les japonais allaient attaquer prochainement mais ils leur parut fortement improbable que le port de Pearl Harbor soit visé tout comme l'idée parut relevé de l'utopie pour certains chefs militaires japonais. La seconde moitié de 1941 fut marquée par d'innombrables tractations diplomatiques entre américains et japonais. Les Américains demandaient le retrait des troupes japonaises de Chine et de l'Indochine Française contre la levée de l'embargo sur le pétrole. En octobre, le prince Konoyé (premier ministre japonais) demanda à Roosevelt d'organiser une rencontre entre les deux hommes mais ce dernier lui fit savoir qu'il ne considérait pas le prince comme suffisamment de légitimité pour arriver à une quelconque issue. Le 16 octobre, ce partisan de la paix en ballottage déposa sa démission appuyé par son ministre de la guerre : le général Heidiki Tojo. Ce militariste populiste et extrémiste occupa alors le poste de premier ministre. Le 1 décembre 1941, l'empereur approuva le plan échaffaudé par l'amiral Isoroku Yamamoto : l'attaque de Pearl Harbor.


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